Les doigts dans le nez (Le Commissaire San-Antonio[22])
Il se soulève, prend sa chaise et me l'abat sur le crâne. Aussi fastoche que je viens de vous le dire. Mon bras paralysé par le coup de poêle à frire n'a pas eu la force de se lever pour braquer le soufflant. Je biche le siège en pleine bouille et illico je me trouve inscrit au barreau. Ça se met à toumiquer autour de moi. J'essaie de me cramponner à la table, mais des nèfles ! Je vais à dame. Le couple de petits rentiers tranquilles me saute alors dessus et fait une danse incantatoire sur ma personne.
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Au suivant de ces Messieurs (Le Commissaire San-Antonio[23])
Comme j'ouvre la porte, je fais un bond en arrière qui m'envoie dinguer dans le porte-pébroques. Il y a trois messieurs sur le paillasson, qui s'apprêtaient à sonner.Et ceux-là, pas d'erreur possible, ce sont des vrais de vrais. Ils ont des bouilles qui ne trompent pas. Ils seraient nègres ou nains que ça ne se verrait pas davantage.Le gnard San-Antonio se demande à la brutale si, par hasard, ça ne serait pas le commencement de la fin.
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Des gueules d’enterrement (Le Commissaire San-Antonio[24])
Il me regarde avec intérêt et commisération.— Vous êtes monsieur Berthier ? demande-t-il.Il se dégrafe le col pour avoir plus de possibilités oratoires.— Non, réponds-je, pourquoi ?— Je venais à cause que Mme Berthier a eu un petit ennui, fait-il gauchement.— Ah ?— Oui, elle s'est fait écraser par une auto…— Et elle est morte ?— Tuée net.— C'est ce que vous appelez un petit ennui, vous ?
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Les anges se font plumer (Le Commissaire San-Antonio[25])
« Une lettre et un chiffre rédigés hâtivement sur un petit bout de papier :K 2. Ça pouvait vouloir dire beaucoup de choses… Ça pouvait ne rien signifier du tout… Mais moi je ne crois pas qu'on puisse écrire deux signes, comme ça, sans que quelque chose ne se trame quelque part.K 2 ?Une marque de détachant ? Il manque le R. Un morceau de jeu de bataille navale ? Pas sérieux… Le nom du deuxième sommet du monde, le Kapa Due ? Pourquoi pas…K 2 ?Ça ne vous dit rien, à vous ?Moi si… aujourd'hui…Aujourd'hui… que j'ai rassemblé tous les éléments du puzzle. »
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La tombola des voyous (Le Commissaire San-Antonio[26])
Quand on prétend être un grand pêcheur, l'as de la ligne toutes catégories, il ne faut pas dévoiler ses secrets… surtout quand ils sont aussi curieux que ceux du valeureux Bérurier. Devinez avec quoi il appâte, le Gros ? Avec certaines parties des bovins qui constituent toute la différence entre un taureau et un bœuf, si vous voyez ce que je veux dire ?Et c'est à cause de cette bizarre technique que tout a commencé. Nous étions penchés sur un immense bac d'abats, aux Halles, à la recherche du morceau convoité, quand le père Pinaud qui nous avait accompagnés pousse un léger cri et s'évanouit. Un coup d'œil dans le bac m'avait renseigné…Ce n'était vraiment pas beau à voir, et ça n'avait jamais appartenu à un Quadrupède !
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J’ai peur des mouches (Le Commissaire San-Antonio[27])
Moi, vous me connaissez ? Je n'ai jamais eu peur de rien ! J'ai entendu siffler pas mal de balles à mes oreilles… Il m'est même arrivé de ne pas les entendre passer pour la bonne raison que je les avais interceptées au vol… Je me suis bagarré avec des types plus colosses que celui de l'île de Rhodes, j'ai pris des gnons… sans jamais connaître le sentiment de la peur.On m'a fait le coup de la baignoire, celui de la scie à métaux sur le tibia, les allumettes enflammées sous les ongles, la cigarette écrasée sur la joue, et toujours sans m'arracher un cri ni un mot.C'est à peine si je perdais le sourire.Et pourtant… aujourd'hui, « J'ai peur des mouches »… Ces minuscules diptères me terrorisent, car dans la contrée où je suis, elles véhiculent la mort… La plus atroce des morts.
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Le secret de Polichinelle (Le Commissaire San-Antonio[28])
Quatre jours après cette partie de chasse mémorable qui se solda par une hécatombe, le Vieux me fait appeler dans son burlingue secret. La pièce est triste comme un vieux numéro de la « Revue boursière », et le maître des Services paraît aussi joyeux qu'une catastrophe minière. Il est droit devant son bureau d'acajou lorsque j'entre. Ses poings sont posés à chaque extrémité de son sous-main et son front relié pleine peau de fesse brille à la lumière de son réflecteur.— « San-Antonio, vous ne devinerez jamais la raison pour laquelle je vous ai mandé… »
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Du poulet au menu (Le Commissaire San-Antonio[29])
Lorsque la grande aiguille de ma montre a fait sa révolution sur le cadran, la porte de l'usine se rouvre et mon zigoto réapparaît. Il est plus furtif qu'un souvenir polisson et il se met à foncer dans la partie obscure du quai, la tronche rentrée dans les épaules… Il marche vite, sans courir cependant… Il semble avoir peur… Oui, pas de doute, il est terrorisé… Je lui laisse du champ et je démarre en douceur.Soudain, il se cabre. Dans l'ombre, devant lui, se tient une seconde auto, tous feux éteints… Il marque un temps et s'écarte pour passer.Dedans, j'aperçois vaguement deux silhouettes…
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Tu vas trinquer San-Antonio (Le Commissaire San-Antonio[30])
Deux ivrognes et un clébard, voilà tout ce dont je dispose pour démarrer mon enquête aux U. S. A.Les deux poivrots ont pour noms Bérurier et Pinaud et le chien est un gentil boxer, baveur à souhait ! L'Empire State Building aux pieds de Béru, il faut avoir vu ça !Mais je vais en voir bien d'autres au milieu de la pègre new-yorkaise. Mes acolytes boivent, mais c'est naturellement votre bon San-Antonio qui va trinquer.
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En long, en large et en travers (Le Commissaire San-Antonio[31])
Le roi de la sardine à l'huile a disparu !La recherche dans l'intérêt des familles, c'est pas mon blot !Mais quand Béru et Pinaud se volatilisent à leur tour, je me mets en chasse… En compagnie de la légitime du disparu.Une jeune femme inconsolable…Inconsolable ?Tous les locataires de l'hôtel de la Manche affirment l'avoir entendue gémir toute la nuit… mais pas de chagrin, croyez-moi !Approchez, mes belles, je vais vous raconter ça en long, en large et en travers.
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La vérité en salade (Le Commissaire San-Antonio[32])
Le maquillage de la mémère se craquelle comme une terre trop cuite.Elle a trois tours de perlouzes sur le goitre, deux suspensions avec éclairage indirect aux étiquettes et une dizaine de bagues qui la font scintiller comme l'autoroute de l'Ouest au soir d'un lundi de Pâques.Figurez-vous que ce monticule aurifié et horrifiant s'envoie un jules de vingt… carats !Seulement, ce petit téméraire vient de se faire allonger…, du moins tout le donne à penser…« Fouette dents de scie », comme dit Bérurier, cet angliciste distingué !
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Prenez-en de la graine (Le Commissaire San-Antonio[33])
Mes petits lecteurs chéris, je crois que depuis le temps qu'on se connait on commence à bien se connaître, comme le disait si justement Vincent Toriol à la bataille de Marignan (33, Champs-Elysées, Paris).Alors je vais vous en annoncer une qui méritera d'être prise en considération et dans le sens de la hauteur : je compte vous faire rire avec ce bouquin.
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On t'enverra du monde (Le Commissaire San-Antonio[34])
— Eh bien ! Eh bien, Béru, t'as des vapeurs ?— M'en parle pas, balbutie-t-il, je suis un mec terminé !— On en reparlera quand tu seras dans ton costar en planches, dis-moi un peu ce qui ne carbure pas ?— Ma femme a disparu, lâche le Gros.Et de ponctuer cette révélation par un bannissement qui fêlerait une plaque de blindage.
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San-Antonio met le paquet (Le Commissaire San-Antonio[35])
C'est par un petit événement en marge de nos activités professionnelles que démarre cette fois-ci l'aventure.Une aventure vraiment extraordinaire, vous pourrez en juger par la suite si vous avez la patience de poursuivre.Une aventure comme, à dire vrai, il ne m'en était encore jamais arrivé.
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Entre la vie et la morgue (Le Commissaire San-Antonio[36])
— Qu'est-il arrivé ? s'inquiète le chef de train.— Ça se voit, non ?— Cette personne est tombée ?— Un peu, et elle s'est plutôt fait mal.— Elle était avec vous ?— C'est-à-dire qu'elle se trouvait dans mon compartiment. Je lui bonnis l'incident du mironton venu tirer la chevillette. Elle portait des lunettes, dis-je. Il paraît qu'elle a voulu aller aux toilettes et s'est trompée de lourde.
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Tout le plaisir est pour moi (Le Commissaire San-Antonio[37])
J'ai rencontré à travers le vaste monde et le long de ma vie bien des femmes exigeantes.Des qui me demandaient de remplacer leur mari au pied levé ; des qui réclamaient ceci et d'autres qui sollicitaient cela et toujours je me suis évertué à les satisfaire.Mais la frangine, ce coup-là, attend vraiment l'impossible de votre San-A.chéri…Un impossible réellement… impossible…Mais moi, vous me connaissez ; rien ne peut m'arrêter !Alors, poliment, je me penche sur le décolleté de la poupée et je susurre :« Mais voyons, chère amie, tout le plaisir est pour moi ! »
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Du sirop pour les guêpes (Le Commissaire San-Antonio[38])
Vacances peinardes sur la Côte…Boîte de nuit dans la pinède…Une frangine de vingt berges dans mes bras…Et voila que ça démarre…Un ancien pote à moi vient se faire rectifier à mon nez et à ma barbe…Un Bérurier beurré qui se radine…Un nouveau meurtre…Finie ma belle tranquillité…Décidément, j'attire l'embrouille comme le sirop attire les guêpes !
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Du brut pour les brutes (Le Commissaire San-Antonio[39])
Boris Alliachev, vous connaissez ?Espion international…Recherché dans une tripotée de pays…Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?Alors je sors mon uppercut des grands jours…Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
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J'suis comme ça (Le Commissaire San-Antonio[40])
Y'en a d'autres qui sont autrement, mais moi, que voulez-vous, j'suis comme ça !Vous le savez, je suis habitué aux coups les plus durs et les plus vaches.Mais celui qui m'arrive sur le coin de la hure est le plus bas que j'aie jamais encaissé : ON A KIDNAPPE FELICIE !Si vous n'avez jamais vu un San-Antonio féroce, un San-Antonio effrayant de colère, vous allez être servis.Avec Béru, on s'est bien juré que le premier des ravisseurs de ma mère qui nous tombera sous la paluche aura droit à une concession au Père-Lachaise…Qu'on se le dise !
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San-Antonio renvoie la balle (Le Commissaire San-Antonio[41])
Il y a des jours où c'est pas votre jour !C'est pas Bérurier qui me contredira !Pourtant, il était plutôt batouze avec son élégant costume aubergine et ses bottes de pêche…Paré qu'il était pour assister à la grande rencontre de football France- Exéma !Il est balèze, le Béru, seulement de là à affronter les onze joueurs de l'équipe de France…Dimanche mémorable qui a marqué le début de la plus fantastique enquête de ma carrière.Et si les balles ont plu sur le terrain, c'était pas toujours en direction des buts !
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